D’un vote historique en octobre 2002 où 50 organisations de psychologues ont lancé un pari insensé et de statuts déposés en janvier 2003, naît la FFPP, Fédération Française des Psychologues et de Psychologie. Mobilisation historique autour de l’idée du rassemblement d’une profession, la Fédération s’est construite sur ses idéaux d’ouverture et d’échanges. Forte des engagements et des actions qu’elle a menées ces 10 dernières années, elle entre dans une nouvelle décennie, occupant désormais une place incontournable dans le carré des principales organisations françaises.

Pour autant, la FFPP se confronte à un paradoxe : le processus de rassemblement, qui a inspiré sa création, n’a pas été conduit à son terme puisqu’il n’a pas rassemblé toutes les organisations qui l’ont fondée. Le mouvement unitaire initial a connu un reflux dans les années qui ont suivi et un retour du dialogue, voire plus, s´est fait sentir depuis quelques années.

Le texte qui suit n’a pas pour objet une analyse historique de cette évolution durant la décennie, il propose plutôt de partir d’un bilan permettant une mise en perspective pour l’avenir.
Le bilan s’amorce par la mise en exergue de trois dimensions fortes, dimensions qui marquent par leur intensité : la Déontologie, l'Europe, les relations entre praticiens et universitaires. Ils constituent plus que des enjeux majeurs pour la profession, ils en constituent les fils essentiels et la FFPP contribue à les tisser de sa place singulière. Qui dit bilan dit aussi regard sur la structuration et l’activité de la FFPP qui étaye ses acquis.

Comment sur ces constats et sur ces bases, faire de cet anniversaire un moment charnière ? Ce sont dès lors les perspectives de la Fédération pour les années – pour la décennie –  à venir qu’il s’agira de décliner : une lecture d’abord des enjeux pour la profession, de la place que la FFPP entend y occuper, et de sa volonté d’action telle qu’elle s’inscrit déjà, mais que nous visons à renforcer : être source d’initiative combinée à la volonté permanente d’un travail de concertation avec les organisations professionnelles au service de l’état d‘esprit qui a présidé à la fondation de la FFPP.

Quel bilan peut-on tirer de cette décennie écoulée ?

La Déontologie

Si la déontologie est au cœur des préoccupations et des conduites des psychologues et qu’elle représente un axe majeur de toutes les organisations professionnelles, sa mise en œuvre quotidienne est le fruit de l'engagement de la FFPP. C’est à inscrire à l’actif de son bilan.

La CNCDP (Commission Nationale Consultative de Déontologie des Psychologues), instance voulue par toutes les organisations et composée de membres d’horizons divers, n’existe aujourd’hui matériellement que par le financement pérenne et constant que la FFPP lui procure. En garantissant son fonctionnement tant matériel qu’institutionnel, la FFPP a assuré une mission d’intérêt général en maintenant vivante cette déontologie par la production des avis.

Le site de la CNCDP (1) et ses avis sont très consultés. Le référencement de ces avis, résultat d’un très gros travail , est désormais un outil majeur à disposition des psychologues et des usagers : il permet un travail de réflexion sur des situations apparentées ; il est un outil désormais indispensable de la formation des jeunes psychologues ; il devient enfin de plus en plus une donnée d’usage en jurisprudence ce qui témoigne de la qualité du travail produit.

C’est par le soutien de la FFPP que la CNCDP organise des journées d’études donnant lieu à la publication d’actes. Après s’être penchée sur la question des « attestations » en 2010, celle du « Secret professionnel » fin 2011, la CNCDP traitera en avril 2014 du « psychologue dans les institutions et les organisations : question(s) de déontologie ».

Mais la FFPP a aussi favorisé avec un réseau d’autres organisations, la réactualisation du Code devenue nécessaire 15 ans après l’écriture de 1996, version actualisée et signée par de nouvelles organisations. À titre d’illustration, aucun article n’existait autour de la cyberpsychologie, ce vide est aujourd’hui partiellement comblé.

Enfin, la FFPP dans le cadre du GIRéDéP (Groupe Intergorganisationnel pour le Réglementation de la Déontologie des Psychologues), participe à la réflexion sur la réglementation du Code qui était déjà, en 1996, un des objectifs que la profession s’était fixée. Nous reviendrons sur cette thématique dans le cadre des « perspectives ».

L’Europe

Le processus de rassemblement de la profession au début des années 2000 a réinterrogé la fonction de représentation tant au plan national qu’au plan européen. Avec la dissolution de l’ANOP (Association Nationale des Organisations de Psychologues), consécutive à la création de la FFPP, le mandat de représentation au niveau européen a été transféré à cette dernière. La FFPP est donc le représentant officiel de la France à l’EFPA (EFPA ou FEAP : Fédération Européenne des Associations de Psychologues).

Depuis près de 30 ans que la France occupe cette place, nous avons beaucoup appris de nos collègues. La première des leçons est que la psychologie française n’est pas seule dans l’univers et que nous devons tenir compte de cette réalité dans la formulation de nos orientations et l’expression de nos choix.

Aujourd’hui en Europe les niveaux de formation sont différents. Or chaque psychologue peut exercer librement dans tous les pays de la communauté. La profession ne peut rester indifférente à un risque de déqualification par le bas.  Si la barrière de la langue reste un frein, si des formes de contrôle partielles existent lors des demandes de titre en France de la part de psychologues formés dans d’autres pays d’Europe, les mouvements ne sont plus marginaux : depuis 1999, plus de 1500  psychologues de la CE ont obtenu le titre par la voie spécifique qui leur est proposée (2).

La profession, au niveau européen et par la voix de l’EFPA, a donc mis en place un garde-fou : le label EuroPsy. À défaut d’un diplôme commun sur le plan européen (à l’échelle nationale, cela est déjà une gageure) le label EuroPsy offre la garantie d’un contenu harmonisé et valide d’un pays à l’autre. L’EFPA, c’est aussi le lieu où la France peut présenter sa différence et veiller à ce que le processus d’harmonisation, nécessaire à l’échelle européenne, ne soit pas réducteur quant à nos intérêts spécifiques. Il s’agit donc d’y défendre la richesse de nos spécificités tout en permettant, par ce processus commun, de consolider la reconnaissance de nos niveaux de formation.

Mais l’Europe ne saurait se ramener à Europsy. Le travail au sein de l’EFPA invite à prendre en compte pour exemple :

  • des regards renouvelés dans le champ de la psychologie de l’éducation, cf. projet EPSIL (European School Psychologists Improve Lifelong Learning) dans le cadre du NEPES   (Network of European Psychologists in the Educational System), devenu lui-même en 2011 commission permanente (Standing committee) de l’EFPA ;
  • des champs nouveaux en émergence, mal connus en France et porteurs d’emplois, telle la psychologie du trafic ; il existe une commission permanente dédiée au niveau de l’EFPA et la FFPP vient de créer à ce sujet une mission spécifique ;
  • la coordination de problématiques sociétales qui demandent des réponses dans le cadre de coopération inter-états doivent donc s’appréhender à l’échelle européenne : crises et désastres (commission permanente de l’EFPA), droits de l’homme ou problématiques migratoires (qui donnent lieu à tasks forces à l’EFPA au sein desquelles la France est représentée).

Rappelons ici aussi que la FFPP est la seule à soutenir financièrement cette présence européenne.

Les relations entre praticiens et universitaires

La FFPP, de par son fonctionnement, a démontré la possible articulation praticiens/enseignants-chercheurs. Les plus anciens se souviennent certainement des clivages et du fossé qui séparaient les enseignants des praticiens, clivages qui perdurent encore dans de nombreux lieux.

La FFPP a démontré statutairement que cette opposition pouvait être dépassée et au cours de sa jeune existence, nous avons pu constater qu’elle a été animée par la coprésidence d’un(e) praticienne et d’un universitaire.
Cette collaboration s’est aussi traduite par la présence de l’AEPU (Association des Enseignants-Chercheurs de Psychologie des Universités) au sein de la FFPP et l’évocation de son activité sera reprise lors de la table ronde. Mentionnons simplement ici pour mémoire les travaux réalisés autour des référentiels de compétences qui sont une bonne illustration de travaux initiés et pilotés par l’AEPU mais qui ont associé de nombreuses organisations à leur finalisation. Mais les années récentes se caractérisent, en particulier sur la base de ces acquis, par une capacité de représentation nettement plus avérée dans les instances de négociation avec le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, même si bien des progrès restent encore à faire.

Les fruits de cette collaboration entre universitaires et praticiens  se caractérisent au final par un développement de la réflexion scientifique (ainsi les nombreux colloques et journées d’étude organisées par la FFPP où praticiens et universitaires parlent « à égalité » ; ce partenariat privilégié s’illustre dans des actions communes et la récente alliance avec la SFP (Société Française de Psychologie) sur deux dossiers majeurs : au sein du CoFraDec (Comité Français de Délivrance de la Certification EuroPsy) et dans une manifestation scientifique d’envergure internationale : ICAP (Congrès Internationale de psychologie Appliquée, Juillet 2014, http://www.icap2014.com/) 2014. Il se manifeste enfin de façon exemplaire dans le cadre d’échanges d’expertises tels que nous les mentionnerons infra en évoquant la Conférence de consensus sur l’utilisation des mesures dans l’examen psychologique de l’enfant.

Quelques acquis de la FFPP

Le développement d’espaces de réflexion

De façon plus générale, la FFPP a contribué à développer les espaces de réflexion et d’échanges au sein de la profession. Nous devons à cet égard citer par exemple Les Entretiens de la Psychologie, mais aussi le magazine Fédérer et notre newsletters qui sont diffusés à plusieurs dizaine de milliers de personnes. S’ils se déclinent au plan national, ils se déclinent aussi en régions où des dispositifs émergent autour des groupes d’analyse des pratiques et de l’Intervision. Ceux-ci donnent lieu à une réflexion sur la pratique mais également sur les processus de co-transmission.

Des formations par des psychologues pour des psychologues

Enfin plus surprenant, car non initialement prévu dans ses objectifs, la FFPP occupe une place croissante dans la formation continue des psychologues, ce que sa devise (« Des formations par des psychologues pour des psychologues ») et le label récemment déposé « EPEP » (Entretiens du Psychologue et de l’Enseignement en Psychologie) illustrent fortement.

De grandes manifestations

Rappelons les Entretiens déjà cités, mais aussi par exemple les colloques en psychologie et psychopathologie de l’enfant, la conférence de consensus, les journées de psychogérontologie, de psychologie communautaire, en psychologie de l‘intervention de crise…   

Un dynamisme avec les régions

Les Coordinations régionales ont développé des actions dans différents registres qui ont grandement contribué à la visibilité de la FFPP, tant en métropole qu’en Guadeloupe : accueil et information de psychologues ou d’usagers, journées d’études qui ont permis de mobiliser des compétences régionales, de nourrir des liens avec les universités, de concrétiser les échanges par des publications dont un bel exemple est le numéro spécial de Fédérer consacré à la catastrophe de Haïti(3) , de créer un réseau d’expériences interrégionales. Mais le travail en région c’est aussi le nécessaire échange pour un fonctionnement démocratique au sein de la FFPP, c’est enfin un lieu essentiel de maturation des cadres de la FFPP qui permettront le renouvellement générationnel.

Un site et un forum

Cet anniversaire fournit l’occasion de rappeler le renouvellement du site web, suite à la refonte complète de notre maquette de présentation. Le site est un outil essentiel de la vie de la FFPP, mais il est devenu au-delà un outil majeur pour les psychologues, les étudiants, le public. Depuis 2009, en prenant en compte le portail et le forum, c’est prés d’un million de visiteurs qu’a connu le site (pour 2 700 000 visites). Ce sont des documents téléchargés en nombre : la palme revient au code déontologie (plus de 14000 téléchargements). Si Fédérer connait une moyenne annuelle de plus de 3000 téléchargements, le n°58 de février 2011 a été l’objet de 10700 téléchargements. Le dernier n° de décembre, après quelques jours de mise en ligne a été téléchargé 2200 fois. 500 à 600 personnes sont présentes de façon quasi-permanente sur le forum. Il a connu pratiquement 1 million de visiteurs différents par an  et environ 25 millions de pages vues.

Dix ans, un moment charnière : Des attentes, un regard critique, des évolutions sociétales

La FFPP a nourri des attentes

Une récente enquête publiée dans Fédérer(4) a porté sur le regard des psychologues sur l’action de la FFPP et les attentes à son égard : elle montre les attentes, en particulier au plan de la déontologie et de la représentation, attentes partagées par les adhérents et non adhérents.

Le bilan serait donc totalement positif ?

Toutefois, la FFPP aujourd’hui ne regroupe pas toute la profession comme elle se l’était fixée au départ. Elle continue cependant à porter l’espoir du rassemblement. Malgré les multiples organisations qui la composent, elle n’est pas devenue le lieu unique du regroupement qu’elle aurait pu être à l’instar de l’essentiel des organisations psychologiques européennes.

Si d’aucun peuvent y voir la déclinaison de la diversité qui anime la psychologie, on peut aussi y voir confirmation de la spécificité française qui n’arrive pas à dépasser ses clivages internes.

Si l’on s’attache à observer son évolution interne la FFPP, structurée initialement sur les adhésions des associations, adosse aujourd’hui sa légitimité à une croissance forte liée aux adhésions directes des psychologues en individuel qui viennent s’ajouter aux membres des associations historiques. On peut cependant observer, dans la période récente, la prise en compte d’une réflexion plus marquée d’organisations qui se créent sur la base d’une identité propre mais qui intègrent dans leur raisonnement la nécessité d’un portage plus élargi par une représentation nationale et qui manifestent à cet égard des attentes vis-à-vis de la FFPP. Ce qui est encore un frémissement reste à finaliser et il y a là un vrai travail de culture politique que la FFPP suscite et qu’elle doit nourrir.

La psychologie et les évolutions sociétales

Nous sommes passés de l’ère industrielle à l’ère des services, du plein emploi à la raréfaction du travail, de la stabilité des carrières à un renouvellement imposé. Nous sommes passés d’une société au service du public à une société produisant des services à des publics cibles de plus en plus captifs. L’aliénation de l’homme couplée à sa marchandisation est en cours.
Des évolutions sociétales risquent d’entraîner la profession, les associations de psychologues et le public dans des écueils majeurs. Face à ces enjeux, la première de nos orientations vise à protéger le public des mésusages de la psychologie.

La FFPP s’engage à préserver ses fondamentaux, à protéger les publics, à continuer de porter les aspects déontologiques de défense de la personne dans sa dimension psychique. Les psychologues en tant que profession ont une responsabilité sociale. Ils doivent alerter, prévenir, dénoncer toute atteinte directe ou indirecte au respect de la dimension psychique, notamment en ne laissant pas employer les termes psychologiques pour stigmatiser les personnes soumises à des conditions sociales et de vie inacceptables.

Si le fond du métier des psychologues demeure constant, la forme de ses interventions va quant à elle subir, subit déjà de grandes mutations. Travailler à domicile, travailler dans la rue hors du cabinet, travailler en ligne, autant de contextes qu’il faut s’approprier, autant de nouvelles pratiques qu’il faut penser. Internet par exemple révolutionne les pratiques créant de nouveaux modes relationnels entre le psychologue et son patient.

De ce double point de vue : protection du public et évolution des pratiques des psychologues, les liens entre pratiques et recherche, praticiens et chercheurs sont fondamentaux.  Les seconds comme les premiers se trouvent être l’objet de cette aliénation marchande comme l’illustre particulièrement la question des dispositifs et des supports de reconnaissance de la production et de la diffusion scientifique ce qui  a conduit la FFPP à devenir un créateur et un promoteur essentiel de la Conférence des publications en psychologie de langue française.

Quelles perspectives pour la FFPP pour la décennie à venir ?

Pour fixer nos orientations, nous devons nous interroger sur ce dont la profession a besoin pour vivre et se développer. Ces perspectives, il s’agit de les décliner en termes de propositions pour la profession, telles que la FFPP les formule et  essaie de les porter ou d’y contribuer.

La profession doit s’informer et informer

Des médias, comme Le Journal des Psychologues, remplissent déjà cette fonction. Pour notre part nous assurons l’information en interne de nos membres comme toute organisation. Mais nous souhaitons aussi développer un partenariat plus formalisé avec tous les médias susceptibles de relayer notre « parole » auprès du grand public. À cet effet la FFPP a créé un réseau de correspondants médias qui assureront le relais auprès de ceux-ci.

La profession doit porter une parole publique

Cela passe principalement par un « discours » de la profession sur la société. Concrètement cette orientation se décline en trois volets :

  • porter une parole publique, dans les médias prioritairement mais aussi lors des grands débats nationaux pour faire valoir le point de vue des psychologues ;
  • participer, aux côtés des autres professions, aux décisions qui sont prises dans les instances qui définissent les conditions de vie des Français. Les ARS (Agences Régionales de Santé) par exemple doivent compter avec notre voix ;
  • maintenir, au travers de la CNCDP, un espace de traitement des mésusages de la psychologie. Amplifier la visibilité des avis de celle-ci concourt notablement à l’atteinte de cet objectif.

La profession doit être défendue comme profession et elle se doit de défendre les psychologues

La Fédération n’a pas vocation à participer à la défense d’intérêts salariaux singuliers. Par contre, la défense de la profession, de notre ancrage dans les institutions, de nos responsabilités comme de nos droits, sont au cœur de nos préoccupations.

La FFPP travaille en synergie avec l’ensemble des organisations qui l’ont rejointe. Elle engage des partenariats avec les syndicats et promeut une stratégie d’alliance ouverte chaque fois que l’intérêt général est en jeu, au-delà des clivages partisans ou idéologiques.

La profession doit être représentée au niveau européen et national

La représentation européenne

La FFPP est formellement et statutairement la seule organisation représentant la profession au niveau européen de l’EFPA. Nous n’avons pas l’intention d’abandonner cette place mais nous sommes prêts à la partager. Nous avons pu expérimenter ces dernières années un modèle. Théoriquement, seule une organisation membre de la FFPP peut siéger dans les instances européennes au titre de la FFPP. Nous avons dérogé à ce principe en acceptant que l’AFPEN (Association Française des Psychologues de l’Éducation Nationale)  puisse siéger, au nom de la FFPP, dans la commission permanente européenne relative à l’éducation.

Notre volonté est de consolider et d’étendre ce modèle et avec la SFP, des propositions ont été faites en ce sens, des collaborations avec d’autres organisations, en fonction des champs et thématiques abordés, sont possibles. Europsy a été une base, mais rappelons à ce sujet que le SNP a été dès la mise en place du Cofradec Europsy convié à y participer, ce qu’avaient accepté de leur côté certains membres ou composantes de la SFP.

La représentation nationale

Nous l’avons énoncé dans notre bilan : force est de constater que la FFPP ne regroupe pas l’ensemble des organisations en France et de facto, elle ne peut prétendre à les représenter toutes. Dès lors deux voies s’offrent à nous, qui sont désormais complémentaires :

  • accueillir les organisations qui voudraient nous rejoindre : elles bénéficieront de nos acquis et participeront aux actions et choix de la FFPP ;
  • développer le partenariat avec l’ensemble des organisations professionnelles françaises.

L’objectif n’est plus de systématiquement de chercher systématiquement à harmoniser a priori nos positions mais plutôt de passer des alliances en fonction des dossiers ou des thématiques à traiter dans nos intérêts respectifs, en tenant compte des compétences, des niveaux d’expertise et des statuts de chacun.

La profession doit se coordonner

Cette fonction, déjà largement remplie par le passé, par exemple au sein du GIRéDéP, doit être maintenue et amplifiée. Rappelons que le principe d’une « Conférence des organisations », prévues dans nos statuts, a été heureusement expérimentée à l’occasion des présidentielles par l’élaboration d’un texte commun à de nombreuses organisations et syndicats de psychologie, mais nous devons aller plus loin. 

À cet effet, nous proposons la création d’une « Conférence nationale des présidents »(5).

Réunie au minimum une fois par an, mais aussi autant que de besoin, cette conférence rassemblerait les représentants officiels de toutes les organisations françaises. Au-delà d’un État régulier de la situation de la profession en France, il s’agirait de s’informer sur nos actions, de dégager éventuellement celles qui pourraient être communes, dans le respect des spécificités et des intérêts respectifs.

La profession doit concourir à améliorer la qualité de la formation et le niveau de la profession

Nous l’avons vu, les changements sont permanents et les évolutions rapides. La profession doit être active tout en veillant à ne pas être instrumentalisée. Les domaines et les formes d’exercice se transforment, nous devons accompagner les psychologues pour qu’ils puissent accueillir ces mutations.

En amont, c’est le cursus de formation des psychologues qui doit être revu. Polyvalent en début de cursus, il doit être spécialisé en fin de parcours. Avec la délivrance du titre, c’est un professionnel que l’université met sur le marché du travail. Nous proposons que les universités s’ouvrent plus aux professionnels, non pas au niveau des stages où ils sont déjà présents, mais dans les instances de conception et de régulation de la formation.

La FFPP s’est engagée dans la formation continue des psychologues. Elle va renforcer cet engagement non pas en compétition avec l’université mais en complément de celle-ci. Deux outils sont à sa disposition pour cela.

Les Entretiens de la Psychologie

Nous les ferons évoluer en ajoutant à la traditionnelle mission d’être un lieu d’échanges et de réflexion, une nouvelle attribution, celle d’être un espace d’actualisation des connaissances.

Les actions de formation continue

Ils répondent à la nécessité d’actualisation des connaissances mais aussi, de plus en plus, ils constituent un complément de la formation initiale (sur les écrits professionnels par exemple).

La profession doit assurer sa pérennité

Notre profession arrive à un tournant de par son évolution démographique. La génération du baby-boom est aujourd’hui sur le chemin de la retraite, des milliers de postes vont soit disparaître, soit être renouvelés. Cela dépend, pour une large part, de la force de notre mobilisation.

Au-delà de l’image que donne notre profession, c’est son utilité sociale qui est en jeu dans cette société en mouvement. Nous devons préparer nos jeunes collègues à exercer dans de nouveaux espaces et à y montrer leurs compétences.

Cet objectif passe par la maîtrise de l’emploi et l’identification des besoins. Pour ce faire, nous allons œuvrer à la création d’un observatoire de l’emploi pour les psychologues. À l’université de préparer les étudiants à intégrer ces nouveaux besoins, à la FFPP de participer à leur identification. Ces nouveaux professionnels (comme les anciens) nous souhaitons les accueillir. Pour exemple et comme support, depuis 2009, le forum du site web de la FFPP a été l’objet de plus de 70000 demandes par mots clés relatifs à l’emploi (10% des interventions). Ils contribuent à identifier, analyser, découvrir de nouveaux débouchés, examiner leurs articulations à l’évolution des formations.

La profession doit être responsabilisée, elle doit se responsabiliser

La responsabilisation de la profession comme fondement essentiel de son devenir peut se décliner de diverses façons : s’engager, expérimenter, s’approprier, innover, que nous proposons d’illustrer dans quatre thématiques d’actualité récente, en cours ou à venir.

Le GIRéDéP

Nous ne remettons pas en cause et maintenons l’objectif de réglementation qui fonde le GIRéDéP. Nous poursuivons nos travaux en son sein, mais nous complétons notre réflexion. En effet, malgré l’énergie dépensée force est de constater que nous éprouvons des difficultés à définir un modèle clair et consensuel quant à une structure devant accompagner, ou plutôt présider à la demande de réglementation. Comment définir les compétences claires d’une « instance » et formaliser les choix à proposer ?  Cette difficulté peut être lue, avec la durée, non seulement comme une difficulté « technique », mais comme une difficulté politique à affronter une diversité de positions. Il est donc souhaitable de reposer ce cadre sur des bases renouvelées.

Si la déontologie concerne tous les psychologues, et si une instance doit concerner tous les psychologues, nous devons prendre en compte la situation politique de la représentativité du GIRéDéP : comment progresser sans réflexion commune avec les centrales syndicales et le SNP ? Notre souhait est d’envisager une relance de la concertation inter organisationnelle pour une structure commune de réflexion. Cette relance tient compte de l’évolution de la réflexion dont semble faire preuve d’autres organisations externes au GIRéDéP.

De plus nous souhaitons aussi à l’interne de la FFPP expérimenter des voies nouvelles de réflexion et d’action qui permettent de faire progresser notre responsabilité collective au regard de la déontologie dans le plein respect de la CNCDP et de ses compétences.

La FPH

La question des structures de représentation de la profession au sein des établissements hospitaliers pour participer « collectivement plus activement au fonctionnement des établissements » est posée. Ces structures ont vocation à prendre en charge trois types de missions : « clinique », en lien avec le projet thérapeutique de l’établissement ; « formation/recherche » visant la formation des psychologues eux-mêmes, des stagiaires ou des personnels non psychologues et la diversité des activités de recherche ; « administratif » enfin, par exemple par la contribution aux différentes phases des recrutements ou à la procédure de notation des psychologues.

Une expérimentation est mise en place pour les deux années à venir avec les établissements qui souhaitent s’engager dans le processus. A l’issue de cette expérimentation un texte réglementaire plus pérenne pourrait être publié.

La FFPP a donc décidé de favoriser ce mouvement d’expérimentation et a organisé à cette fin une première journée nationale à Lille, le 8 février 2013 : « Psychologues à l’hôpital : s’organiser, du pourquoi au comment ? »  Suite à la journée nous avons diffusé des actes mis à disposition de tous pour promouvoir cette réflexion, regroupé des données, obtenu le report de date de dépôt de candidature pour que davantage d’établissements hospitaliers puissent participer à l’expérimentation de façon à promouvoir le mouvement, invité à nouveau nos partenaires à s’associer à cette réflexion.

Les  « consultations organisées »

Un certain nombre de structures d’Etat, par exemple la HAS, les ARS, un ensemble de « Hauts Conseils » ou d’instances, ont pour mission d’orienter les politiques publiques ou d’organiser des consultations en vue de l’élaboration de programmes d’action. La FFPP a commencé à y prendre place lorsque des questions touchant la dimension psychique sont en jeux. Nous venons encore récemment d’intervenir en ce sens auprès du Conseil Supérieur des Programmes. Mais au delà de problématiques qui tiennent à des situations conjoncturelles, la capacité à y tenir une place relève bien de stratégies collectives qui s’inscrivent dans la durée et que les psychologues ne se sont sans doute pas jusqu’ici assez approprié.

Ils peuvent cependant être sources d’initiatives dans leur champ et de 2008 à 2010 près de 100 psychologues et professionnels de l’enfance, universitaires et praticiens ont conduit une réflexion sur les pratiques cliniques de l’examen en psychologie de l’enfant. Le texte introductif à la Conférence de consensus sur l’examen psychologique de l’enfant et l’utilisation des mesures en psychologie de l’enfant, initiée par la FFPP avec la participation de la SFP, de l’AFPEN et de l’ACOP-F, stipulait : « La volonté des psychologues de maîtriser les conséquences de leurs démarches diagnostiques en psychologie de l’enfant, de rendre publiquement compte de leurs actes professionnels et des réflexions qui les accompagnent, et de remettre en cause si nécessaire leurs pratiques, témoigne du souci d’améliorer la qualité des services rendus au public en général et aux personnes consultantes en particulier, d’accompagner les évolutions professionnelles et sociales, de renforcer la crédibilité des actes psychologiques et d’en garantir les compétences. » Les recommandations du jury présidé par J. Grégoire et composé à parité de 11 psychologues et 11 membres de la société civile, ont été largement diffusées, un ouvrage a été édité (Voyazopoulos, Vannetzel & Eynard, 2011), et nous soutenions l’idée du passage, par ce recours à la conférence de consensus, d’un « modèle expert à un modèle dynamisant » « pour l’avenir des psychologues et de la psychologie » (Schneider, 211, p.63).

La psychothérapie

Si la FFPP a été en première ligne pour défendre les psychologues dans le cadre de l’élaboration du décret relatif au titre de psychothérapeute et de l’arrêté et de ses annexes, elle n’a eu de cesse de souligner les insuffisances de la loi au regard de la dimension éthique sous-tendant nos pratiques. Etant donné la mise en œuvre de la loi, il apparaît légitime, voire indispensable, en tant qu’organisation de psychologues, de tenter de définir ces « dispositifs spécifiques d’apprentissage et de transmission des méthodes psychothérapiques », dans la mesure où ceux-ci ne sont paradoxalement pas exigés par la réglementation pour faire usage du titre de « psychothérapeute ».

Les recommandations de l’EFPA proposent un cadre qui a l’avantage de présenter des critères de formation correspondant à une réelle qualification des psychologues en matière de psychothérapie, par rapport à la dite réglementation qui ne propose qu’une qualification en psychopathologie, formation nécessaire mais non suffisante. Comment et dans quelle mesure la formulation de propositions, de type recommandations,  pourraient contribuer à une réelle meilleure protection des usagers faisant appel à des psychologues pour une psychothérapie, voilà les questions que nous souhaitons initier.

À cette fin, nous proposons la constitution d’un groupe de travail pluriréférencé de collègues psychologues, tenant compte de la diversité des modèles thérapeutiques (approches psychanalytique, systémique, cognitivo-comportementale, existentielle et phénoménologique, etc.) qui acceptent d’engager un échange exploratoire dont l’objectif sera d’examiner la pertinence et les conditions d’élaboration et de diffusion de recommandations relatives à la formation en psychothérapie en France.

En conclusion : Le retour sur les choix fondamentaux de la FFPP et ses orientations

Les objectifs institutionnels de rassemblement fixés lors de la création de la FFPP n’ont été de fait que partiellement atteints. Nous avons la conviction que le bilan, tel que nous venons de le tracer, est cependant positif, qu’il nous encourage à poursuivre cette aventure et à la faire partager en particulier avec les nouveaux professionnels.

La FFPP a été fragilisée, parfois attaquée, elle a survécu, mieux : elle a montré une ampleur d’action.

La FFPP a promu la concertation, mieux : elle cherche à la structurer et à la renforcer.

La FFPP a été à l’initiative de partenariats, mieux : elle l’a fait au service d’actions et d’objectifs innovants.

La FFPP est porteuse de choix originaux, mieux : elle cherche systématiquement à les partager et elle cherche à convaincre que ce partage est une nécessité.

Demain, c’est-à-dire en 2015, le « titre de psychologue » aura 30 ans : en continuité des espoirs qui ont fondé la FFPP et en continuité et illustration de ce bilan et de nos propositions d’action, nous croyons nécessaire de mettre en perspective ces trois décennies pour les psychologues et la psychologie, avec les psychologues bien sûr et d’abord, mais aussi avec le public, les usagers, leurs représentants, les institutions. La FFPP aimerait inviter tous ceux qui souhaitent s’associer à cet événement,  invitation à collaborer ensemble à un projet commun qui permettra à la profession et à la discipline d’aborder plus forte et plus sereine les enjeux de demain.