ill breves85 selmastLes tribunaux administratifs de Montpellier puis de Bordeaux ont obligé, cet été, l’université à admettre un étudiant dans un M2 pourtant sélectif, faute d’avoir adopté à temps un texte prévoyant le nombre de places disponibles dans le cursus et précisé les modalités d’examen, conformément aux dispositions de l’article 2 du décret du 25 mai 2016. À Paris 10, deux requêtes (en psychologie) ont été rejetées dans la mesure où « la formation ‘psychologie ‘ dispensée au sein de l’université de Paris X (était) inscrite sur ladite liste et les modalités d’examen des candidatures ont été fixées par l’établissement.»

Le premier jugement témoigne de la fragilité juridique du décret selon Gilles Roussel, président de la commission formation de la CPU (Conférence des Présidents d’université). Le Ministère de l’Éducation nationale estime qu’il faut légiférer, mais il reste vague tant dans ses intentions que dans ses modalités de concertation. Invitée à l’université d’été de la CPU le 31 août 2016, Najat Vallaud-Belkacem a d’abord confirmé sa volonté de construire «un modèle stable» sans plus détailler la nature de la prochaine réforme. « Le décret de mai a sécurisé la rentrée, même si tout n’est pas réglé », a-t-elle concédé, avant de rappeler sa position : « Certains proposent de sélectionner. C’est au contraire la force de l’université de concilier démocratisation et formation de qualité ». En mai 2016, une concertation était annoncée sur le sujet, mais le ministère a parlé ensuite d’ « échanges informels avec les organisations » et annoncé un point d’étape à l’automne. Dans tous les cas, « il n’y aura pas de passage en force », dit le secrétaire d’état qui fait la part belle à la position de l’UNEF refusant toute idée de sélection. L’idée d’une plate-forme APL (Admission post-licence) a été avancée, « l’étudiant (devant) obtenir au moins un des vœux demandés », où l’étudiant qui n’obtiendrait pas nécessairement le master désiré – l’admission étant conditionnée à des prérequis connus de tous et liés à la mention de la licence ou à la validation d’enseignements – obligerait cependant à un accueil en master. Ce dispositif conduirait de façon assurée à la création de « parcours-poubelles », ce que certaines universités, en particulier pour la psychologie, ont déjà envisagé. La Ministre semble vouloir soudainement accélérer le tempo dans les négociations en annonçant le 12 septembre une loi pour novembre en souhaitant « finaliser une proposition courant octobre » pour mettre en œuvre la réforme à la rentrée. « Une manière de faire monter la pression alors que la pression patine » ? interroge Le Monde que nous rejoignons volontiers. En attente d’une réponse la sollicitation pour concertation que nous avons adressé au MESR.

Ces modalités confuses font le lit des spécialistes du recours, tel l’avocat Florent Verdier qui a ouvert un site dédié (www.recours-master-verdier.com), à ce sujet pour attaquer les universités. Le président de la CPU, Jean-Loup Salzmann, a dénoncé à juste titre « une démarche consumériste, lucrative et malhonnête » et demande la fermeture du site.

Nous avons emprunté de larges extraits à :

Benoît Schneider
Professeur de psychologie,
Psychologue, n° ADELI : 54 93 01 86 9
Président de la FFPP