ill edito 85Les épreuves que traverse notre pays depuis presque deux ans à la suite des divers attentats qui touchent la France mobilisent de nombreux acteurs et ont mis en exergue l’importance du soutien et de l’accompagnement psychologique des victimes, nous avons contribué à des ébauches de réponse qu’il sera nécessaire de consolider et d’amplifier.

En lien avec le risque de futurs attentats, une réflexion et une démarche spécifiques voient le jour : les psychologues sont nombreux – qu’ils exercent en libéral ou travaillent en établissement – à vouloir s’engager sur des accompagnements des personnes radicalisées ou en voie de radicalisation et leur famille. Certains d’entre eux ont d’ailleurs d’ores et déjà suivi les formations organisées par le Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation (CIPDR). Conscients des spécificités du phénomène, ils ne peuvent pas s’engager sans informations et sans conseils en relation avec leur type d’intervention, et une forte demande d’une formation professionnelle visant ce type d’accompagnement s’est fait jour.

Chacun est assuré qu’il n’existe pas un modèle ou une méthode, pas plus qu’un profil type de la personne radicalisée, et qu’il y a un manque de recul sur l’adaptation des outils conceptuels et sur les accompagnements. Pourtant l’exposé du cadre d’action et les enseignements à retenir des prises en charge déjà tentées peuvent étayer les professionnels et permettre une mobilisation plus large. Celle-ci est nécessaire pour répondre au besoin de suivre davantage de cas et de prévenir leur développement, comme s’y est engagé le gouvernement (cf. mesure 38 du plan d’action gouvernemental du 9 mai 2016). Le Ministère de la Santé, les ARS, le SG-CIPDR et la Miviludes soutiennent l’organisation des journées de formation que la FFPP et le SNP ont acceptés de coordonner et d’animer.

Les référents « radicalisation », désignés au sein de chaque ARS en liaison avec les services publics locaux, ont pour tâche d’assurer l’identification des psychologues en établissement invités à la formation. De même, à partir du répertoire Adéli, en concertation avec la FFPP et le SNP, seront invités les psychologues libéraux de la région où se déroule cette formation. Il importe en effet, compte tenu des enjeux de sécurité, que les invitations soient strictement contrôlées.
Ces deux journées, qui se dérouleront à l’université d’Avignon, les 17 et 18 octobre prochains, visent à apporter aux participants :

  • une information sur l’organisation de la prise en charge par les services publics (dispositif national et sa déclinaison localement) ;
  • une information sur le cadre légal et sur les aspects déontologiques ;
  • un cadre général d’analyse du phénomène ;
  • des témoignages et retours d’expérience sur différentes pratiques professionnelles ;
  • des contacts à la fois avec les services de l’Etat, les établissements et les professionnels qui localement peuvent soutenir les praticiens dans leur travail d’accompagnement.

Ces journées doivent servir à poser les bases d’un réseau local en permettant l’identification des professionnels qui sont prêts à travailler sur la radicalisation, et en structurant la rencontre et l’échange entre différents acteurs de la prise en charge.

Nous, psychologues et cotoyens, mesurons pleinement l’enjeu de cette première expérience régionale : il est exemplaire de la capacité d’une profession à assurer sa responsabilité collective face à des défis sociétaux majeurs.

Benoît Schneider
Professeur de psychologie, Psychologue, n° ADELI : 54 93 01 86 9, Président de la FFPP

Claire Silvestre Toussaint
Membre du BF de la FFPP, En charge du dossier radicalisation, N° ADELI : 84 93 03128