federer83 ill editoLe 1er mars s’est tenue à l’Assemblée Nationale une « Journée de concertation » intitulée : « Psychologues : avenir de la profession. La clinique à l’hôpital ». Organisée avec la participation de plusieurs syndicats et de l’inter-collège Ile-de-France, son animation était essentiellement portée par le SIUEERPP1 et l’UNSA2 santé-sociaux. Cette journée s’inscrivait dans les débats issus de la loi de modernisation de notre système de santé. Des questions essentielles étaient posées : y a-t-il encore de la place pour « une » psychologie dans les services de santé ? Et dans les pratiques hospitalières ? Et si tel était le cas, de quel psychologue et de quelle place s’agit-il ?. Denys ROBILIARD, député PS du Loir-et-Cher et acteur essentiel de la défense de la place des psychologues dans l’élaboration de la loi santé, qui accueillait ce colloque dans les locaux de l’Assemblée, a été présent tout au long de la journée et s’était donné pour mission d’écouter et d’en tracer certaines conclusions.

Faisons écho à quelques facettes de cette journée qui n’épuisent bien sûr pas la diversité des débats : le statut du psychologue clinicien à l’hôpital ; l’unicité du titre, la spécialisation des formations et la place de la psychanalyse ; l’expérimentation dans la FPH.

Statut du psychologue « clinicien » à l’hôpital… : doit-il, peut-il être inscrit dans la loi ? Réponse de D. ROBILIARD, ici résumée :

« Cela se justifie par la fonction soignante des psychologues ; un statut est protecteur, il donne des garanties. On peut définir l’exercice d’un psychologue sans se référer au médical puisque les psychologues veulent être détachés du médical (sans reprendre non plus la proposition de péri-médical proposée par l’UNSA) et il existe au sein du code de la santé publique des professions non référées au médical. Le législateur n’est pas tenu à une définition restrictive du psychologue, celui-ci est d’abord défini par ses diplômes, par sa formation ».

Retenons l’ouverture, tant sur son principe que sa possibilité d’appui parlementaire. Elle mérite vraiment d’être approfondie. Mais deux nuances. En réalité, il ne s’agit pas de la création d’un statut au sein de FPH – il existe – mais de l’extension de sa définition par une précision de l’exercice du psychologue, donc la possibilité de sa véritable autonomie professionnelle. Ambiguïté qui traverse cette journée : le statut est-il celui d’un psychologue ou d’un psychologue « clinicien » ? Il faut distinguer ce qui relève d’une pratique lorsqu’on est en emploi, d’une formation et d’un diplôme qui préside au concours de recrutement. Le statut actuel est clairement celui d’un « psychologue ». Trois exemples de problèmes lors du référencement au diplôme : les confusions issues de la nomenclature des masters (a minima plus de la moitié des jeunes diplômés issus de formations « cliniques » relèveront de la mention unique « psychologie » suite au choix de leur université3), la possibilité pour une structure hospitalière de recruter sur des profils et des besoins spécifiques (psychologue du travail dans les DRH) ou encore l’égalité devant un concours au regard de la loi sur le titre (quid des psychologues autorisés à faire usage du titre sur la base de diplômes étrangers ?).

Unicité du titre et spécialisation des formations : la structuration de la journée et la fonction qu’y a occupé le SIUEERPP a bien évidement fait une large place à la psychanalyse. Cette orientation est fortement partagée par nombre de psychologues hospitaliers. La place de la psychanalyse est essentielle dans l’histoire de la psychologie et ici dans ses rapports au soin. Elle est l’objet d’attaques… Mais pour autant il est majeur qu’elle prenne place dans le respect des orientations diversifiées dans le champ de la clinique. Elle n’est pas seule porteuse de l’idée d’un sujet reconnu dans son individualité et sa singularité. Développer des orientations qui fonctionnellement viseraient à défendre cette approche est à notre sens une stratégie qui au final dessert la psychanalyse. De même réserver l’appellation « clinique » à un des champs d’exercice de la psychologie est tout autant problématique.

L’unicité du titre ne doit pas être un supplément d’âme, ni être définie par son plus petit dénominateur commun (« un titre unique, oui, bien sûr, mais des spécialisations… »). Il doit être un levier pour une identité renforcée de la profession. Le nouveau statut des psychologues de l’Éducation nationale est en cours de construction : il offre deux exemples intéressants. La psychologie en contexte scolaire est exposée aux risques de morcellement du sujet par les politiques de délégation de prises en charge hors de l’institution : c’est ce que la journée de l’Assemblée a dénoncé dans les dérives de pratiques de soin. C’est du même sujet dont s’occupe le psychologue et des mêmes dérives sociopolitiques dont il s’agit dans l’un et l’autre champ. L’unicité du titre consolide l’unicité d’analyse et les capacités de réponse collectives. L’accès au concours des psychologues de l’Éducation nationale est ouvert à tout psychologue « titré ». Tous n’ont pas la même formation et tous n’ont pas les mêmes chances de réussite. Mais c’est le concours relatif à un emploi précis qui évalue les compétences attendues, et à l’issue du concours une sixième année de formation se met en place. Elle est une des voies, modeste, mais tangible, d’extension de la durée de formation reconnue comme nécessaire à une meilleure reconnaissance statutaire, soclée sur le titre unique.

L’expérimentation au sein de la FPH arrive à son terme. Elle a mobilisé officiellement près d’une centaine d’établissements et nombre d’autres structures ont participé officieusement au processus4. Le bilan est riche de réflexion. Une étape importante marquant la capacité des psychologues à se structurer et assumer leurs responsabilités peut se jouer. La FFPP avait largement contribué à engager et nourrir la réflexion collective (voir actes des 2 journées FFPP de Lille, site ffpp.net rubrique Téléchargements > Collection Spécial Fédérer). Nous allons devoir passer à la phase de prise de position. Elle se fera au regard de cet espace de la fonction publique, mais il est clair que les choix retenus, dans leurs effets, dépasseront largement ce seul espace.

 


1. Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse.
2. Union Nationale des Syndicats Autonomes, fédération fonction publique, branche santé et sociaux.
3. Schneider, B. & Ricaud, H. (2014). « Nomenclature des masters de psychologie : actualité et perspective », Fédérer, n° 74, mai-juin, pp. 12-15.
4. Collectif Psychologues de l’UFMICT-CGT (2016). « L’organisation hospitalière des psychologues », Le Journal des Psychologues, n° 335, mars, pp 10-13.
5. http://ffpp.net/index.php?option=com_jdownloads&view=category&catid=13&Itemid=193