La psychologie du jeu à Blackjack Ballroom

Stages : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Nous publions deux documents : le courrier inter organisationnel visant les stages des étudiants en psychologie du 23 septembre auquel la FFPP s’est associée suite à la loi du 22 juillet 2013 étendant l’obligation de gratification aux établissements relevant de la FPH et de la FPT, d’une part ; le communiqué du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche du 25 octobre annonçant un report de l’application de cette mesure, d’autre part (voir ces deux articles en ligne).

Rappelons d’abord la diffusion (communiqué FFPP AEPU du 4 septembre) de la note du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche qui a clarifié les règles du jeu concernant le mode de calcul des dates et durées de stages et contribué à modérer les effets de la loi. Marquons aussi notre satisfaction du report de la mesure et de l’action collective qui a contribué à ce résultat.

La satisfaction ponctuelle n’écarte cependant pas la réflexion critique et la nécessité d’une action qui dépasse la simple vigilance.

Si cette loi pose problème aux psychologues, nous ne saurions toutefois être opposés à son principe. Son esprit est bien de protéger les stagiaires notamment dans le secteur privé où l’on observe bien des dérives consistant à recourir à des stagiaires en lieu et place de salariés. Ceci pour l’ensemble des secteurs d’emploi. Dans le secteur où exercent un grand nombre de psychologues, par exemple dans les établissements médico-sociaux beaucoup d’institutions sont victimes des difficultés de financement notamment dans le cadre des croisements de tutelles qui engendrent une complexification des demandes budgétaires. Les établissements se retrouvent à tenter désespérément de maintenir des accompagnements de qualité en utilisant un fort taux de stagiaires ce qui relève de la même dérive. Cela concerne des étudiants de niveau 3 à 5 aboutissant de fait à des situations de travail non rémunéré et ces stagiaires, quelle que soit leur formation, doivent être défendus par la loi.

Convenons que pour les psychologues le décret du 22 juillet a aggravé la situation de pénurie des stages qui permettent l’accès au titre. Cela a conduit à l’action commune, un report a été obtenu et nous nous en félicitons. La lucidité politique nécessite de préciser que ce résultat n’est pas uniquement le fait de l’action des psychologues mais résulte (également, osons dire surtout) des actions des étudiants et de nos collègues travailleurs sociaux qui se sont fortement engagés dans ce type de lutte et qui ont les moyens de faire pression, soutenus parfois par les associations de famille - qui sont en fait les employeurs - et par les centres de formation du travail social. Donc, ne rêvons ni sur notre réel poids politique, ni sur notre constance dans l’action concertée. Le présent dossier illustre aussi une problématique réitérée d’actions ponctuelles et de soufflet qui retombe faute de concertation dans la continuité.

Quels effets, au-delà, pour les psychologues de ce report et son contexte ? Certes, la situation de nombre d’étudiants est problématique, mais les stratégies d’adaptation en réponse peuvent être porteuses d’effets pervers. Dans un certain nombre de lieux de stages objet du report, des négociations en vue de gratification avaient ponctuellement abouti mais sont du coup remises en cause alors qu’elles enclenchaient une dynamique de reconnaissance qui pouvait s’étendre. Les lignes budgétaires des gratifications doivent être ouvertes. La difficulté de trouver des lieux de stage a conduit l’une ou l’autre organisation universitaire à préconiser la diminution du temps de stage M1/M2 en fractionnant sur les deux années le stage de 500h nécessaire à l’obtention du titre alors que d’usage il complétait le stage de M1 : on peut voir là une forme de déqualification de la formation quand par ailleurs nous avons collectivement défendu notre profession en soulignant l’importance de la formation de terrain pour justifier de nos compétences. Si les psychologues sont nombreux à devoir être accueillis en stage, la question de la gratification ne pose-t-elle pas celle du nombre d’étudiants en formation au regard du marché de l’emploi, ici évacuée ?

La reconnaissance professionnelle et sociale des psychologues passe par un renforcement en qualité et en durée de leur formation. Il faut donc veiller à ce que des adaptations et les stratégies conjoncturelles n’aboutissent pas à l’inverse des ambitions collectives qui doivent être les nôtres. La situation présente invite à analyser plus finement la question des stages et des gratifications et à passer d’une concertation ponctuelle à une démarche collective structurée. La FFPP a placé le collectif au coeur de son engagement. Elle est prête pour cette démarche et elle s’en donne les moyens.