federer83 ill article 01.2 v2Présents tout de suite

Dès la nuit du 13 au 14 novembre, les psychologues des cellules d’Urgence Médico-Psychologiques rattachées aux SAMU, venant de nombreuses régions de France, sont intervenus aux côtés des psychiatres et infirmiers auprès des victimes des attaques terroristes, tant à l’Hôtel Dieu que dans les Mairies des Xe et XIe arrondissements de Paris. Ces psychologues sont spécialisés dans la prise en charge des personnes exposées à des événements violents à potentialité traumatique. Ils exercent pour la majorité d’entre eux dans la fonction publique hospitalière, ils se sont formés à travers des séminaires réguliers et des exercices de simulation de catastrophe. Certains ont complété cette formation par un Diplôme Universitaire portant sur le psycho traumatisme ou la victimologie. Ils ont un poste à mi-temps sur des cellules régionales ou sur certaines cellules départementales ; ils y assurent une fonction clinique mais aussi une mission de coordination et de formation. À leurs côtés intervient un pôle de psychologues volontaires, détachés temporairement de leur hôpital d’appartenance, plus rarement quelques-uns interviennent par ailleurs dans le secteur médico-social ou ont une activité libérale. À côté, des personnels des Cellules d’Urgence Médico-Psychologiques sont aussi intervenus dès la mise en place du dispositif de soutien psychologique, des psychologues de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris et de l’Œuvre de Secours aux Enfants (OSE).

Une activité soutenue sur quinze jours et au-delà

Durant les deux semaines qui ont suivi les attaques, les psychologues des Cellules d’Urgence Médico-Psychologiques ont maintenu leurs interventions dans les Mairies des Xème et XIème arrondissements, en lien avec les psychologues de la ville de Paris. Ceux assurant des consultations hospitalières spécialisées en psycho traumatologie ont aussi été particulièrement mobilisés. De même, nos collègues des associations d’aide aux victimes sont intervenus auprès des rescapés et des familles de victimes de ces attentats terroristes, en particulier à l’Institut Médico-légal de Paris. Les psychologues des Forces Armées, ceux du ministère de l’Intérieur, des associations de secouristes et des cellules d’Urgence Médico-psychologique ont aussi rejoint les personnels présents sur le terrain le 13 novembre.

federer83 ill article 01.3Le 16 février, lors du concert à l’Olympia des Eagles of Death Metal, les psychologues de l’Institut d’Aide aux Victimes et Médiation (INAVEM) et des Cellules d’Urgence Médico-Psychologiques ont été largement présents aux côtés des autres professionnels afin d’assurer un accueil, une écoute et un soutien aux personnes victimes présentes au concert.

Les 4 et 5 mars, les psychologues ont là encore été très mobilisés pour assurer l’accompagnement des familles endeuillées et des personnes présentes le 13 novembre lorsqu'elles souhaitaient voir ou revoir la salle du Bataclan et s’y recueillir avant les travaux qui vont y être réalisés.

Outils et techniques

Les interventions immédiates se mettent en place dans les premières heures qui suivent l’attentat : appelées defusing, elles visent à désamorcer les effets du stress et de l’angoisse et à prévenir ou limiter l’installation d’un état psycho traumatique chronique.

Le soin psychologique immédiat est un temps d’accueil et d’étayage, il consiste à aider les rescapés à réordonner et réorganiser leur parole, en tentant ainsi de limiter les effets de désorganisation psychique générés par l’exposition aux attaques terroristes.

Les interventions post-immédiates se mettent en place dans les jours qui suivent l’événement. Elles consistent en un debriefing psychologique qui désigne une technique groupale, initialement destinée aux sauveteurs (Mitchell, 1983) mais dont le champ s’est ensuite élargi aux victimes. Une approche francophone du débriefing psychologique collectif prenant en compte la subjectivité de la personne s’est développée en France et en Belgique, elle consiste en la reprise minutieuse des faits, mais surtout des émotions et des pensées qui y sont attachées. Sa forme collective s’adresse à un groupe déjà constitué et dont les membres ont vécu ensemble l’événement, elle vise au rétablissement de leurs liens identificatoires. Le débriefing peut aussi être individuel, l’événement peut alors être resitué dans l’histoire de la personne.

À côté de ces techniques, d’autres approches spécifiques se sont développées pour la prise en charge des personnes soumises à des événements violents comme la pleine conscience, l’hypnose ou l’EMDR. Elles ne peuvent, comme tous dispositifs de soins, n’être mises en place qu’après avoir établi un tableau clinique précis de la personne (symptômes, antécédents psycho traumatiques, attentes des personnes). Elles comportent toutes des indications précises, ce qui fait qu’elles ne peuvent être appliquées tous azimuts.

De nombreuses propositions de mises à disposition

Si quelques psychologues, ou personnes se présentant comme tel, se sont montrés peu respectueux de la déontologie et de l’éthique, en voulant capter vers eux des victimes, l’immense majorité des collègues s’est mobilisée immédiatement, n’hésitant pas à se rendre disponible durant les deux week-ends qui ont suivi les attaques terroristes.

Pas moins d’une cinquantaine de propositions de psychologues libéraux ont été faites à la Cellule d’Urgence Médico-Psychologique du SAMU de Paris, pour participer à la prise en charge des personnes exposées aux attaques. Ces propositions spontanées et généreuses ont cependant dû être déclinées, la coordination et la cohérence des soins psychiques en direction des victimes et de leurs familles impliquant l’intégration des psychologues dans les dispositifs de soin et d’accompagnement psychologique en amont de l’événement.

L’apport des psychologues dans la prise en charge des rescapés

Les psychologues sont des acteurs incontournables de la prise en charge immédiate, à moyen et long terme, des personnes exposées aux attentats terroristes, de même que des familles endeuillées suite à ces événements. La connaissance de la clinique et de la pathologie psycho traumatique, celle des processus psychiques mis en jeu lors de la confrontation à un événement violent placent les psychologues parmi les professionnels qui sont en première ligne dans les dispositifs de soins et d’accompagnement mis en place par le service public ou le secteur associatif. Eskavatoriaus, Bobcat ir fiskaro nuoma Vilniuje tvarinys.lt.

De plus, l’expérience que nous avons, pour beaucoup d’entre nous, de la pratique du travail avec les groupes constitue un apport essentiel dans la prise en charge des victimes et de leur famille.

Les psychologues formés à la psychothérapie sont, par ailleurs, à même de poursuivre un travail plus conséquent pour les victimes évoluant vers un syndrome psycho traumatique.

Jean-Michel Coq
Psychologue clinicien
Volontaire de la Cellule d’Urgence Médico-Psychologique du SAMU de Paris
Maître de Conférences en psychologie clinique, Université de Rouen

 

Référence bibliographique : MITCHELL, J.T. (1983). When disaster strikes : the critical incident stress debriefing process. Journal of Emergency Medical Services, 8 (1), 36-39.

 

Pour aller plus loin : interventions des psychologues & terrorisme

attentats conseils psyRetrouvez, sur le site de la FFPP, notre dossier publié à la suite des attentats de Paris du 13 novembre 2015. Nous vous proposons une série de 4 documents ressources : lieux d'écoute et de soutien officiels, la question du traumatisme psychique, une base documentaire et l'ensemble des soutiens adressés à la FFPP.

 

JDP 334 FévrierLe Journal des Psychologues propose 2 articles de Dominique Szepielak, chargé de mission « Crises & Désastres » de la FFPP, dans son numéro 334 de février 2016 :

  • Dominique SZEPIELAK, Laurent MARTIN, « Terroristes en situation de traumatisme », Le Journal des psychologues, n° 334, février 2016.
    Les attentats de janvier et du 13 novembre 2015 ont impacté profondément l’ensemble de la population française et suscité terreur, sentiment d’insécurité et d’incompréhension face à cette violence terroriste menée par quelques individus, mais au nom d’un collectif déterminé à détruire notre modèle de société. Au-delà de l’horreur, quel regard peut-on porter sur le parcours de ces hommes radicalisés et leur bascule dans les passages à l’acte terroristes ? Quels sont les mécanismes à l’œuvre et les idéologies portées ? Quels enseignements l’Europe et l’Occident peuvent en tirer pour mettre en place des stratégies préventives et de lutte efficaces ?
  • Stéphane LACOMBE , Dominique SZEPIELAK, « L’Europe se forge de nouveaux outils contre le terrorisme », Le Journal des psychologues, n° 334, février 2016.
    Article revenant sur le phénomène de terrorisme, ses origines mythologiques et les moyens de lutte.