ill article 02.1La psychologie, comme d’autres Sciences Humaines et Sociales, est amenée à intervenir dans des contextes troublés, à la demande d’individus déstabilisés, en souffrance, en situation de crise. La crise est associée aux notions d’incertitude, de vulnérabilité, de rupture, de chaos.

On peut prendre à titre d’exemple en France les effets des catastrophes naturelles comme Xynthia (2010), technologiques (Toulouse, 2001) ou sociales (attentats) sur les populations qui ont été affectées. Dans ces situations de crise et de post-crise, une importante demande de prise en charge psychologique s’est exprimée.

L’accompagnement des victimes de catastrophes s’appuie sur la notion de traumatisme psychologique telle qu’elle a pu se dégager dans les travaux de la psychiatrie et de la psychologie des 19° et 20° siècles, traitant des situations de guerres, de désastres ou de troubles sociaux. Comme il existe une médecine de guerre, une médecine de catastrophe, des psychologues, toutes spécialités confondues, interviennent sur le terrain de l’urgence collective, pour une prise en charge des victimes d’ordre psychique.

C’est par rapport aux concepts de traumatisme psychique, de stress, de stress post traumatique, dont les symptômes sont repérés à partir du DSM III1 (1980) que des thérapies psychologiques sont élaborées et que la recherche thérapeutique propose une pharmacopée diffusée par la psychiatrie et la médecine générale.

Les attentats de 2015 réactivent ce questionnement : que peut-on attendre de la psychologie dans les situations d’urgence et dans leur prévention, quels sont les nouveaux dispositifs d'intervention, quelles sont les missions des psychologues dans les crises sociales ?

Les commanditaires qui vont demander la présence de psychologues en situation de crise post catastrophe peuvent venir d’horizons très différents : le politique, qu’il soit local ou national, les organisations humanitaires, les organisations internationales…

Dans le cadre de l’urgence, le travail du psychologue sera fonction des nouvelles demandes : soutien psychologique d’individus nombreux (éventuellement regroupés dans des lieux collectifs parfois peu aménagés), ou après des événements violents comme des attentats ou des catastrophes naturelles ou technologiques, diagnostic de situations pour évaluer les besoins d’une population ou de certaines de ses composantes, construction de programmes, d’outils d’évaluation (tests…), formation d’intervenants locaux, élaboration de programmes de prévention…

Ces interventions montrent une certaine distance avec le corpus universitaire existant dans les diverses spécialités conduisant aux métiers de psychologue, lequel doit faire preuve d’adaptabilité et ouvrir de nouveaux axes pour se former à intervenir sur des terrains bouleversés, éventuellement dangereux.

On peut prendre pour exemple de ces nouvelles pratiques professionnelles la création des Cellules d’Urgence Médico Psychologique (CUMP) en 1995 après les attentats dans le Métro parisien. On en trouve la définition et l’utilité sur le site du Ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des Femmes2.

« Le dispositif d’urgence médico-psychologique a été constitué dans les suites de l’attentat du 25 juillet 1995 de la station RER Saint-Michel, afin d’assurer la prise en charge des victimes confrontées à un événement psycho-traumatisant. En effet, les catastrophes occasionnent non seulement des blessures physiques, mais aussi des blessures psychiques individuelles ou collectives, immédiates ou différées, aiguës ou chroniques. Ces victimes nécessitent des soins d’urgence au même titre que les blessés physiques... »

Ce dispositif précise les attentes par rapport aux professionnels qui se portent volontaires, et définit des modes de fonctionnement qui rattachent les CUMP aux domaines hospitalier et de l’urgence.

À côté de ces organisations que gère le secteur médico psychologique, la société civile a développé dans le registre associatif une aide aux victimes. Ainsi la Croix Rouge assure un soutien psychologique depuis des décennies, en particulier dans les pays du nord, après des accidents ou catastrophes, et a précisé ses modes opératoires et les formations afférentes. Les associations en France qui aident la population dans les situations d’urgence forment leurs secouristes aux premiers secours psychologiques afin d’assurer un soutien à des personnes traumatisées par un événement dommageable. Les recours des associatifs aux psychologues sont fréquents, mais là il s’agit d’une interface qui ne va pas de soi, car les langages sont différents ainsi que les positionnements sociaux.

Les psychologues se sont regroupés à l’instar des médecins, en associations de volontaires prêts à aller intervenir sur des sites de conflits ou de désastres : « psychologues du monde », « psychologues sans frontières »… Les organisations internationales recrutent aussi des psychologues pour leurs différents programmes, selon des procédures un peu différentes de celles du contrat, avec des « Termes de Référence » qui précisent l’objet de la mission, les règles et modes opératoires à respecter.

Pour répondre à la question des nouvelles compétences à acquérir pour affronter les situations d’urgence ou de crise, on peut noter que les transferts d’expérience entre les situations extrêmes ou dégradées que l’on rencontre dans la crise ou la post-crise ont des points communs avec celles auxquelles sont confrontés les psychologues qui travaillent avec les populations vulnérables sur le territoire, qu’il s’agisse de sans-abris, de réfugiés, de prisonniers…

Après les attentats de janvier 2015, une demande du politique émerge. Une des réponses en matière de prévention consite en un renforcement des programmes de dé-radicalisation en particulier en ce qui concerne les jeunes, avec un recrutement d’intervenants sociaux, de psychologues et de référents citoyenneté. Pour mener à bien ce programme, des formations sont dispensées dans le cadre des actions du Ministère de la justice.

Pour répondre à ces nouvelles missions, le psychologue chargé de la prévention de la radicalisation est amené à se poser des questions sur le politique et le terrorisme, les croyances, les sectes, la radicalisation, l’influence, la déviance et la norme, la haine et la violence, l’emprise mentale… Read this site if you want more

Dans des milieux complexes et instables, les crises peuvent s’inscrire dans l’histoire, dans les idéologies. Leurs traitements, ainsi que leur prévention, vont devoir s’appuyer sur un corpus de connaissances culturelles, géopolitiques, sociologiques et psychologiques, et sur une réflexion quant au positionnement éthique de l’action.

Marie-Thérèse Neuilly
Psychosociologue
Consultante en gestion de crise

 

 

(1) Le DSM-Manuel Diagnostique et statistique des troubles mentaux. Publié en 1952, avec une liste de moins de cent pathologies ( d’inspiration freudienne, comme la deuxième édition en 1968). Ce manuel diagnostique et statistique a évolué vers une approche de plus en plus catégorielle des maladies mentales. Le langage DSM est passé dans le grand public avec la banalisation de termes comme «TOC» (troubles obsessionnels compulsifs) ou encore «phobie sociale»... DSM III 1980- DSM IV 1997-297 pathologies- DSM V 2013- Un débat depuis 2011- Edité par L’APA (Association Psychiatrique Américaine).

(2) Mise à jour du 04.01.16